2016, le CSS censure l’opé du dernier SAW

Le Conseil Supérieur du Stunt a finalement décidé de censurer l’opé qui devait se dérouler au Trocadero, samedi prochain. Les organisateurs avaient pourtant tout prévu en ciblant les trottoirs les moins utilisés par les jeunes enfants. Ah, nous sommes loin des années 2000 où placer un bras par-ci, par-là ne faisait frémir que les lecteurs de blogs de niche.

Rappelez-vous de cette époque où la rue était un espace libre pour les opérations d’évènementiel. Cette belle époque où l’on pouvait se faire balader tranquillement des zombies ensanglantés en plein jour. Malheureusement, cette époque n’est plus, et comme la rue n’est pas interdite au moins de 12 ans, les agences doivent désormais attendre l’avis du CSS afin de pouvoir lancer leurs dispositifs.

Tout ceci parce que les annonceurs misant sur le stunt sont plus nombreux chaque année. L’industrie du cinéma a su s’inspirer des succès précédents, et tout comme la saga SAW, ces mises en scène gores suscitent toujours autant d’intérêt de la part des publics. Là où la presse était en 2010 la cible principale – ainsi que le terreau – des stunts, c’est désormais via les pure players pour tablettes et les millions de micro relais que les images circulent, passant donc outre la réserve éditoriale qui permettait – en France du moins – de pouvoir ouvrir un journal sans tomber sur le dernier coup de pub, plus gore ou obscène que le précédent. Chez les Anglo-Saxons – où il n’y a pas d’équivalent du CSS malgré la présence de nombreux groupes de pression et autres PR Stunt Watchdogs, il est toujours d’usage de s’appuyer sur la presse, friande du genre et encore extrêmement puissante.

Le CSS a donc encore frappé. Même s’il est compréhensible que ces mannequins ensanglantés et désarticulés ne soient pas adaptés aux yeux des plus jeunes, un compromis aurait pu être trouvé. Contrairement au dispositif de l’année dernière, la mise en place de 20h à 6h n’a pas été octroyée. Si même cet échappatoire, instauré en 2012 pour l’opération choc de la Sécurité Routière à Lyon et Bordeau, ne peut plus être emprunté, quelle marges de manoeuvre s’offrent désormais aux agences ?

L’espace publique où certaines industries avaient trouvé l’eldorado en terme de visibilité serait-il désormais aussi régulé que la télévision ? L’escalade de la sophistication, de la dangerosité et du gore des PR Stunts constatée ces dernières années touche-t-elle à sa fin ? Il reste cependant toujours la possibilité pour les marques les plus provocatrices de lancer contre le CSS des plans de Stunts tellement refusables qu’ils feront l’actualité sans même avoir vu le jour, tout ceci grâce à l’action du conseil et à l’argent public… Si tel était le cas, le CSS aura au moins réussi à redonner à la rue son rôle de média (payant) qu’elle connaissait avant que la multiplication de stunts trop visibles et efficaces ait poussé le lobby de l’affichage à faire fonder le Conseil Supérieur du Stunt.

Photo : campagne d’affichage pour Last Exorcism censurée au Royaume-Uni, novembre 2010.

ShareEmail this to someonePin on Pinterest0Share on Reddit0Tweet about this on TwitterShare on Tumblr0Share on Facebook6